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Les premières

Le Figaro – Lundi 3 août 1874

La réouverture des Variétés

(...)

Une seule figure nouvelle se présente dans cette reprise de la Vie Parisienne. Mlle Julia Georges est une Métella blonde. Les Métella blondes sont une rareté de l’espèce, car les Métella brunes ont dominé jusqu’à présent : se souvenir d’Honorine, de Devéria, de Gabrielle Gauthier. Elle a de forts jolis cheveux qui paraissent abondants et qui la dispensent de tout extra chignonesque. Le teint rosé des pêches de Montreuil, les dents blanches comme une série de philippines, des yeux bleus fleur de prune de Monsieur ; il y a toute une corbeille de fruits dans cet agréable visage. Quant à la taille, elle est de celles qui tiennent dans deux mains aristocratiques, à la condition de ne pas être prise beaucoup au-dessus de la ceinture ; à partir de ce point, elle suit un heureux développement.

D’où vient-elle ? De Marseille, où elle débuta modestement au concert de l’Alcazar.

De l’Alcazar, elle passa au Gymnase de cette ville qui avait besoin d’une prima donna.

C’est là que M. Bertrand l’a dénichée en revenant de Monte-Carlo. Il n’aura pas, je crois, à se repentir de l’avoir engagée, car elle a détaillé la Lettre de Métella avec beaucoup d’esprit et un timbre de voix des plus sympathiques.

On m’assure que Julia Georges aurait pu débuter dans le rôle de la gantière, mais elle a préféré le personnage plus modeste de Métella, où la pauvre Deveria a eu le sort de la proposition de Maleville.

Qu’est-elle devenue, la belle Devéria des Turcs et des Russes ?

On me dit qu’elle vit modestement, rue Prony, et qu’elle essaye de se désarahbernhardtiser.

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Mlle Vanghel, la gantière-étoile, rapporte de Biarritz tout ce qui manque à Mlle Devéria : un embonpoint dont celle-ci ferait ses choux gras. Aussi n’a-t-elle pas reculé, pour le faire valoir, devant un certain déploiement de toilettes étourdissantes.

Jugez-en.

1° Une robe en faille thé, style du dix-septième siècle. Un manteau Louis XIV en velours garni de passementerie d’argent. Un tablier en faille rose drapé avec une bordure feuillage en velours rubis. Sur les relevés du manteau, des bouquets de chardon d’argent. Le corsage est carré et le gilet rose.

2° Un costume faille et cachemire tourterelle. Le corsage à gilet, à manches courtes, garni d’un volant plisse. Le jupon en faille avec bouillons, pouff et petits plissés. Le tablier en cachemire, long d’un côté, relevé en écharpe et orné d’un plissé de faille.

Mlle Vanghel a paru à l’aise dans le rôle de la gantière, qu’elle chantait pour la première fois mais je voudrais la revoir en possession de son entrain d’autrefois, qu’elle a sans doute déposé au-vestiaire de l’Opéra-Comique et qu’elle a oublié de reprendre en partant.

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Dupuis, Grenier, Berthelier, Baron, Léonce, Cooper, sont exactement ce qu’ils étaient lorsque les Variétés ont donné la Vie parisienne pour la première fois : ce jour-là, mon collaborateur Bénédict a rendu sur leur compte un jugement bienveillant que le public de la reprise vient de confirmer.

Voulez-vous savoir encore par qui l’opéra bouffe d’Offenbach est illustré ? par Berthal et par Grandville ! Ne pas confondre avec leurs homonymes Bertall et Grandville, les deux célébrités du crayon. La baronne est séduisante, la femme de chambre est appétissante. Mlle Berthal est incontestablement le boute-en-train de la pièce ; c’est elle qui l’anime le mieux, et qui sème une gaieté bien vive dans tout l’acte où elle paraît.

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On parlait au foyer, pendant le second entr’acte, du docteur V... qui passe pour l’amabilité faite homme.

— Savez-vous jusqu’à quel point il est obligeant ? me dit un de ses confrères.

— Il ne prescrit rien, à ses malades ? répondis-je.

— Vous n’y êtes pas. Il y a dans son testament une clause ainsi conçue : « J’aime tellement mes amis que je prie ma famille de ne leur envoyer de lettres de faire part qu’après que je serai bel et bien enterré. »

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Autre cancan de couloir.

Une des actrices qui assistaient ce soir à la réouverture des Variétés, se trouvait, il y a trois jours, dans le cabinet de celui des directeurs de Paris qui passe pour le plus roublard. (Cherchez !)

Ce directeur essayait de s’attacher pour deux ans la rousse enfant, mais les chaînes d’argent par lesquelles il voulait la lier étaient si légères que la petite hésitait.

— Bah ! bah ! fit-il, signez toujours, nous déchirerons le traité si vous changez d’avis !...

La mère Angot n’aurait pas trouvé ça ! (bis).

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Dans la salle, qui était absolument pleine, il y avait éclipse totale de gilets en cœur ; ces messieurs du high-life étaient venus presque incognito. Les redingotes et les vestons m’ont paru dominer la situation.

Une seule actrice comme Mlle Lasseny, occupait une avant-scène du rez-de-chaussée. Ça et là j’ai aperçu encore Mmes Sarolta, Paurelle, Berthe Legrand, Vitcoq, Lamy et un trio d’actrices pétersbourgeoises : Mmes Lotar, Josse et Dunoyer.

J’ai remarqué également quelques députés aux premiers rangs de l’orchestre ; à les entendre rire des cascades de Dupuis et de Baron, on ne se fût pas douté qu’ils avaient assisté dans la journée, à Versailles, à une scène qui rappelait le morceau principal du troisième acte de Madame Angot.

Ah ! c’est donc toi, monsieur Schœlcher,
Qui te permets d’nous engueuler !...

Un monsieur de l’orchestre.

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