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La Diva

Le Gaulois – Mercredi 24 mars 1869

Opéra-bouffe en trois actes, de MM. Meilhac et Halévy ; musique de Jacques Offenbach.

Les auteurs de la Diva sont gens de beaucoup trop d’esprit pour ne pas s’être aperçus que leur pièce a pris une rue borgne entre le Capitole et la Roche-Tarpéïenne ; ni succès ni four ! une réussite boiteuse laissant à leur nouvel opéra, dans les soirées qui suivront, beaucoup de chances de se relever : voilà en quelques mots le bilan de la soirée d’hier.

Quand ce libretto, beaucoup trop surchargé de détails oiseux, de récits, de petites histoires, de communications au public, à fait en dehors du sujet, aura été élagué ; lorsque MM. Désiré et Hamburger auront poudrederizé, de leurs calembours ordinaires et extraordinaires ce qui restera de l’élagage ; lor[s]que Mlle Schneider se sera retrempée dans ses cascades habituelles, il est possible que la Diva devienne un véritable succès.

Mais pour en arriver là, il y a pas mal de sacrifices à faire, et je suis convaincu que les amputations les plus nécessaires seront exécutées avant ce soir.

L’histoire de la Diva, c’est en quelque sorte l’histoire de Mlle Schneider, jouée par elle-même ; quelques personnes mêmes prétendent que certains détails intimes de la pièce pourraient bien être des pages détachées des mémoires de la grande duchesse de Gérolstein. Pour les initiés, cela peut ne pas manquer d’un certain piquant ; mais pour le vrai public les allusions ratent comme un fusil dont la poudre est mouillée, et ce qui peut produire un certain effet aux répétitions ne porte pas à la représentation.

On va assister au mariage de Jeanne Bernard, un modillon quelconque cueilli un beau jour par Mme Palestine-Thierret sur les bras de trois amoureux qui l’enlevaient malgré ses cris.

Le magasin est fermé, comme le chante à tue-tête un essaim de jolies ouvrières, et l’on n’attend plus, pour voler à la mairie, que l’arrivée des témoins et celle du futur.

Les témoins arrivent bien ; ce sont Raphaël et Galuchet, Galuchet et Raphaël, les deux intimes du café de l’Arc-en-Ciel, deux aspirants cabotins qui voudraient bien convertir Jeanne Bernard au culte du grand art sur la scène du théâtre Montparnasse ; ajoutons que Raphaël est le fruit d’une faute commise par Mme Palestine alors qu’elle s’appelait la belle limonadière.

Mais Emile, le futur, ne vient pas, on ne sait trop pourquoi, et le mariage est cassé.

Après avoir tenté de se périr par le charbon, Jeanne Bernard cède aux instances de Raphaël et à celles de Galuchet et se consacre au culte de l’opérette-bouffe.

Aussi la voyons-nous, dès le deuxième acte, dans une magnifique loge d’actrice, ornée de mille bibelots de luxe, de gandins et de coiffeurs. Les aides de camp du grand duc de Gérolstein viennent même lui présenter leurs hommages, après avoir visité le Panthéon, et les Invalides ; ils veulent voir toutes les curiosités parisiennes, et Malaga – ex-Jeanne Bernard – est la curiosité à la mode. Dans un de ces aides de camp, Mme Palestine retrouve son séducteur, et Galuchet son père.

Le troisième acte est consacré à la représentation d’Ariane, une sorte d’opérette, genre Belle-Hélène, qui marche cahin-caha.

Voilà tout. C’est trop ou ce n’est pas assez, comme on voudra.

La partition écrite sur ce sujet, on plutôt sur cette tentative de pièce, est du vrai Offenbach ; on y entend une multitude de motifs qui sont un peu, eux aussi, les mémoires musicaux, du maître à la mode ; certains morceaux sont de bonnes et excellentes connaissances qu’on a retrouvées avec plaisir ; d’autres parties sont heureusement venues et ont obtenu un succès de nouvel aloi.

Citons parmi les morceaux les plus applaudis, la grande valse chantée par la Diva, qui fera les beaux soirs de Mabille cet été ; une première tyrolienne de Raphaël et de Galuchet, qui a été bissée ; une seconde tyrolienne des aides de camp du duc de Gérolstein, qui a obtenu les mêmes honneurs, et enfin un ensemble au troisième acte, chanté par les jolis clairons et les jolis tambours, un escadron de charmantes petites personnes, qui a dû être répété TROIS FOIS !

Mlle Bonelli, une transfuge des Fantaisies-Parisiennes, a été acclamée dans cet ensemble avec un enthousiasme qui l’a tout émue. Comme il faut peu de chose pour obtenir un grand succès ! Quelques notes piquées, une rentrée de deux mesures, de la grâce, de la gentillesse et un sourire avenant, voilà ce qui suffit pour faire d’une charmante cantatrice l’héroïne d’une soi- rée, alors même qu’elle accepte un rôle de coryphée.

Mlle Schneider, probablement mal remise des émotions qu’elle a traversées il y a quelques jours, n’a pas donné la mesure de ce qu’elle sera demain ou après, comme cantatrice mais ce qu’on ne peut lui contester, c’est cette façon fine de détailler les moindres choses qui leur donne une saveur exceptionnelle.

Des éloges sans réserves à ses toilettes, qui sont des merveilles de goût et de richesse.

Désiré et Hamburger, dans Raphaël et Galuchet ; Jean Paul et Bonnet, dans les deux aide de camp, ont fait des efforts souvent couronnes de succès.

Si Mme Thierret a été moins heureuse que ses camarades, c’est que son rôle est un des moins réussis, et il serait injuste de lui en tenir rigueur.

Terminons en partageant nos éloges parmi toutes les ouvrières, tous les clairons et les tambours, qui sont pour la plupart de très gentilles demoiselles. Et, entre toutes, citons la brune Alice Regnault et Raymonde la blonde, l’une toute belle et l’autre toute gracieuse.

X.

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