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En chemin de fer

Le Figaro – Jeudi 19 mars 1865

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Une caisse d’abonnés.

Une caisse de ce genre demande un abonné dévoué, venant, sitôt l’ouverture des portes, faire choix d’un wagon et s’y installer. La grande question, pour cette sorte d’éclaireur, c’est d’empêcher de monter toute autre personne qu’un abonné. Les ruses ne tarissent point ; la plus simple et la meilleure, c’est de s’enfermer et se mettre à la portière avec une mine rébarbative. Si quelqu’un vient néanmoins pour entrer, on peut, jusqu’à un certain point, retenir la portière d’une main habilement dissimulée, de façon à rebuter le voyageur qui, s’en prenant à la raideur des charnières, va se faire pendre ailleurs. Il fait bien du reste, car s’il s’obstine et monte quand même, les abonnés surviennent, encombrent le wagon, et Dieu sait ce qu’on fera souffrir à cet intrus Tout ce qu’on croira pouvoir lui être désagréable, on le lui servira ; s’il a le nez fantaisiste, on parlera d’Hyacinthe s’il lit la Revue des Deux Mondes on chantera les chœurs d’Offenbach ; s’il a l’air chaste, on récitera du Baudelaire ; si la naïveté est peinte sur son visage, quelqu’un racontera qu’il a été dernièrement mordu par un chien enragé, et, au bout de quelques instants, il donnera des signes non équivoques d’hydrophobie, il poussera des soupirs plaintifs mêlés d’aboiements furieux, il se renversera ,les yeux, se mettra l’écume aux lèvres, si bien que le malencontreux trouble-fête jugera prudent de descendre à la première station.

(...)

Pierre-qui-roule.

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